"Et si j'en parlais ..." était le nom de l'article que j'avais prévu de poster sur mon autre blog, et c'est ce même article qui m'a fait ouvrir un second blog ... allez
comprendre ...
Je vous propose donc cet article, que je n'ai pas posté sur mon autre blog. J'ai prévu de faire un second article dans la série "Et si j'en parlais", qui viendra un peu plus tard.
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Et si j’en parlais … juste une fois.
Je vais changer des sujets un peu légers et sans fond que j’aborde d’habitude juste une fois. Ca fait plusieurs jours que j’y pense, et j’ai longtemps hésité avant d’écrire cet
article. Et je ne suis même pas sûr de le poster sur mon blog au moment où je tape le texte. Je pense que mon blog n'est pas un livre intime où on y met ses états d’âme, n'allez pas vous
fourvoyer en pensant que ce serait toujours le cas (si tant est que vous voyiez mon écrit) ; une fois n'est pas coutume comme on dit ... cet article aura plus l’avantage de répondre à des
questions qu’on m’a posées : être homo, comment ça se vit ... Je n'ai pas la prétention de dire que mon expérience est celle de tous les homos du monde, loin de là ; Dans l'absolu je ne peux pas
répondre à la question "comment on vit quand on est homo", mais je peux déjà tenter d'expliquer comment je le vis, moi, en tant que personne à part entière.
Quand les gens commencent à me connaitre, il arrive régulièrement qu'ils me posent des questions du type "tu l'as su quand", "t'es déjà sorti avec des filles», «tu veux des enfants
? Mais tu vas faire comment", "tu l'as dit à tes parents ?", etc. Ce sont des questions dont j'ai l'habitude, et pour répondre à ceux qui ne m'auraient pas posé la question, je vais tenter une
réponse ... Pardonnez-moi d'avance si je m’emmêle parfois, et si ça part à gauche ou à droite, je ne suis pas des plus doués pour organiser mes idées.
Je préviens que si certaines personnes peuvent êtres gênées de lire "une tranche de vie", qu'elle ne lise pas. Je comprends que de rentrer plus ou moins dans une certaine intimité,
même si c'était il y a des années, peut déranger ... Bref, entrons dans le vif du sujet : Je l'ai toujours plus ou moins su, j'ai toujours bien remarqué que je préférais mes camarades de classe à
mes copines, ce n'est pas quelque chose qui s'explique vraiment, on voit des filles, on voit des garçons, et moi bah, je savais que je préférais les garçons aux filles. Mes meilleures amies
étaient des filles, mais les garçons, ce n’était pas pareil, j'avais des copains garçons bien sûr, mais ce n’était définitivement pas pareil. Je devais avoir 7 ou 8 ans quand j'en ai pris
conscience, mais l'entourage, la télé, tout nous montre qu'une fille doit aller avec un garçon et vice versa. La seule référence aux homos que l'on ait quand on est jeune, habitant dans l'est de
la France, et pas dans une grande ville, ce sont ces mots passés dans le langage courant : pédé, pédale, tarlouze, fiotte, folle, enculé ... pour les plus utilisés.
Ca, c'est sûr, en ayant à peine 10 ans, tu te dis qu'il doit forcément y avoir quelque chose de mal à préférer les garçons aux filles. Au collège, de la 6ème a la 4ème, je me
souviens que ca n'a pas été des plus simples. Je n'ai jamais été un "chef de bande", j'étais plutôt le gars qui se retrouvait seul, j'avais peu d'amis. Pourtant Dieu sait que j'aurai bien aimé
moi aussi être avec une bande de copains et faire des conneries avec plein de gens. Mais non, décidément, je trainais toujours avec les 2/3 mêmes personnes, pas très bavard, réservé ...
finalement je ne me sentais bien qu'en un seul endroit : en classe. Dans ce cas j'étais concentré sur autre chose. Je reviendrai plus tard sur cette "concentration".
Alors bon, voilà, j'avais beau savoir, bah je faisais comme les copains, je sortais avec des filles. Et le pire, c'est que je me refusais moi même ce que j'étais. Ce rejet a du
atteindre son paroxysme vers 13 ans. C'est pendant cette période que j'ai connu les ruptures qui m'ont fait le plus souffrir. Certes, ce n'étaient que des amourettes, mais quand tu es gosse,
c'est ce qu'il y a de plus important à tes yeux, et en plus dans mon cas, je m'attendais juste à m'attacher à la personne, et que la personne s'attache à moi, et que ça me fasse changer ...
bordel de crotte. A chaque rupture, je descendais un peu plus ... Je plaçais tellement d'espoir dans mes amourettes de collégien pour pouvoir être "comme tout le monde". En plus, je crois que je
m'étais mis en tête que si j'étais hétéro, un vrai, et bien je rejoindrais plus facilement des bandes de copains. La déception était énorme ... à 14 ans j'ai déménagé dans les Vosges, dans un
collège avec ... 150 élèves à tout casser ... boudiou que c'était dur. Bon pour le coup, j'avais réussi à rejoindre une bande de copains, 5-6 ... qui étaient en fait les jeunes de mon village
(260 habitants ...). Je me suis retrouvé avec une bande de copains parce que ... je pense qu'au final ils prenaient les seuls jeunes du village ! lol ... Tous sauf un. N'empêche que je me
suis bien amusé.
Cette période a été aussi, et tout à fait contradictoirement, une des périodes les plus chiantes de ma vie. Au village, il y avait donc ce groupe de 5 copains, toujours entre
eux, et je m'étais fait comme ami Nathaël, un garçon du village aussi. Mais lui pensait que les 5 autres étaient juste "des gros cons" (pour résumer), et de leur cotés, la bande pensait que
Nathaël était un peu trop efféminé ... J'étais toujours au stade du rejet de moi, même si ça commençait à s'améliorer (n'empêche que j'ai trouvé le moyen de sortir avec une fille aussi en 3ème
...), mais je n'en étais pas à rejeter quelqu'un d'un peu "différent", au contraire, j'y voyais plutôt une invitation à la sympathie. Mais en même temps, je ne voulais pas perdre cette bande de
copains. Ca m'avait manqué pendant des années, alors ... que faire : Bah j'ai joué au con. Je mentais a la bande quand j'étais avec Nathaël, et je mentais à Nathaël quand j'allai avec la
bande ... ca a duré des mois et des mois ... Jusqu'au jour où je me suis fait griller ... par Nathaël. Pour la petite histoire, j'ai toujours considéré Nathaël comme un véritable ami, malgré tout
ce qui a pu se passer de bizarre entre nous les 6 ans qui ont suivi ... Bref, revenons sur le fait que je me suis fait griller. Ca a été la catastrophe, Nathaël me reprochait de lui avoir menti,
d'être hypocrite, etc.
Et il avait raison, si seulement il avait su à quel point j'étais hypocrite. Je crois qu'à ce moment là, une phrase m'a choquée plus que tout autre venant de sa part "Tu n'es pas
capable d'être honnête, tu peux considérer notre amitié comme finie". Premièrement, elle m'a fait mal, parce qu'il appuyait exactement là où je savais qu'avait été mon erreur, et deuxièmement,
c'était la première fois qu'il parlait d'amitié ... c'était un garçon qui ne se livrait pas facilement, et on ne savait jamais exactement si il appréciait ta compagnie ou si elle lui était
indifférente. Le fait qu'il parle d'amitié, en plus à ce moment là ... vraiment terrible.
D'un coté la bande de copain, de l'autre Nathaël. J'ai rapidement compris qu'il fallait choisir entre amusement/conneries avec les copains, et Nathaël, pour qui j'avais une amitié
profonde, sincère ... même si je lui avais menti pendant des mois. On s'est pas mal disputé avec Nathaël (je devais au moins avoir 15 ans là), mais j'avais fait le choix de son amitié plutôt que
ma bande de copains. Finalement j'avais choisi de m'isoler quoi ... avec Nathaël ! Je n'étais pas seul, et lui non plus ; Même si, avec le recul, je me rends compte qu'il était pas facile à vivre
du tout, du tout ... Quand il lui prenait l'envie de me faire la tête, il la faisait vraiment, du coup je restais avec sa mère, Evelyne, et on papotait en buvant le café, pendant que Nathaël
faisait sa forte tête, ça me fait sourire aujourd'hui quand j'y pense, quelle tête de mule ! :)
Au Lycée, j'y ai fait un court passage (après j'ai suivi des cours par correspondance). De profonds changements à 15 ans se sont effectués en moi, déjà je me suis dit une chose :
le mensonge, c'est tabou. Mentir, être hypocrite, m'avait tellement fait mal, et avait rendu aussi malheureux, que je me suis fixé de ne plus mentir, d'être le moins possible hypocrite
(malheureusement on est toujours obligé de l'être un peu, ne serait-ce que quand on va voir son banquier XD), mais avant tout, d'être entier. Voilà, tels étaient mes objectifs. A 15 ans, c'est
bon, je décidais d'assumer qui je suis : je suis homo (hé oui, je n'en ai pas parlé depuis quelques temps, mais c'était toujours là) ... après la question c'est "on fait quoi dans la vie quand
on est homo ?". Bah oui, référentiel : 0. Donc c'était cool, j'avais une information primordiale pour ma vie, une information vitale même, puisque cette information révélait qui j'étais, mais
je ne savais pas à qui le dire, pas comment le faire, et je ne savais même pas à qui je pouvais m'identifier. Modèle ? 0.
1, 2, 3 déménagements, ailleurs, et Nathaël et moi nous sommes éloignés, on restait en contact, on se téléphonait, on s'envoyait des lettres ...
C'est là qu'internet a commencé à entrer en jeu. Avant c'était juste un truc cher sur lequel j'allai pour des choses très précises, maintenant, c'était mon Saint Graal, l'endroit
où je pouvais trouver des infos, me renseigner, voire même rencontrer des homos, parler, trouver des repaires. Ca parait idiot dit comme ça, mais imaginez-vous simplement sans repaire, vous
recherchez "vos semblables", vous avez des questions, et peu de réponses ... on saute sur tout ce qui peut nous apporter un peu de "réconfort", on essaye tant bien que mal de se rapprocher de
gens qui nous comprennent. Je devais avoir 16/17 ans quand j'ai rencontré Alexandre, sur Internet justement. Un type génial, que j'ai eu l'occasion de rencontrer dans la vie plusieurs fois. Il
avait 24/25 ans, homo, et ca se "voyait pas" comme savent le dire les hétéro ("ah ? T’es homo ? Ça se voit pas ..."). Il a été mon sauveur, quand ce n'était pas par internet qu'on se parlait,
parce qu'il partait toujours en vadrouille aux quatre coins de la terre, on s'écrivait, on se téléphonait. Je précise pour les esprits vifs : Il ne s'est jamais rien passé avec lui (même si
l'envie était omniprésente), c'est un ami, que j'ai encore d'ailleurs aujourd'hui sur MSN. Bref, il m'a vraiment aidé à me construire en tant qu'homosexuel. C'est d'ailleurs à la suite d'une
visite chez mes parents, il y avait passé le week-end, que j'ai pris mon courage a deux mains (enfin courage est un bien grand mot), et où j'ai eu du mal à dire maman ... je ... et la, les
larmes, mes larmes, je n'arrivais pas à parler.
Et puis elle commence à s'inquiéter, alors je bredouille juste "Alexandre", et là, elle a lu en moi ... "Quoi ? Tu es comme Alexandre ? Oh tu m'as fait peur petit con je pensais que c'était un
truc grave ...". Wha ... J'ai été soulagé. Bon bien sûr, pour elle après, ça n'a pas du être une période facile à vivre, mais à ce moment là, elle ne m'en a jamais rien montré, juste un jour
"je suis déçu, je serai jamais grand-mère", ce à quoi je lui ai répondu "je suis homo, pas stérile ...".
Jamais ma mère ne me l'a reproché, ou envoyé de remarques tordues sur mon homosexualité ; Pourtant on a deux caractères de cochons et on se disputait régulièrement à cette
époque, mais jamais ça n'a franchi cette limite, et pourtant ça aurait été facile. Quant à mon beau-père, tout ce qu'il a dit avec le sourire "merde, je suis tombé sur un homo qui aime pas le
techno".
C'est assez drôle d'ailleurs, parce qu'avant que je le dise à ma mère, ça n'avait rien de réellement officiel, c'était juste là ... et puis après, ça y est, on ne peut plus faire
marche arrière. Ils savent qui je suis, comment je suis ... Le décret a été prononcé, la vérité a éclate, je suis homo, mes parents le savent, je vais devoir vivre avec complètement.
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Voilà pour l'intro ... ça répond déja a quelques questions que certains se posent. Je reviendrai pour le reste ... comment on le vit au jour le jour une fois que cette démarche d'accepter
qui on est est faite.